Séminaire DIPRALANG - 22 octobre, 17h Salle Jourda, bât. E

Rose-Marie Volle

Laboratoire DIPRALANG 

La parole en classe de FLE : mémoire des mots et énonciation singulière

Le passage d’une langue à l’autre conduit à éprouver ce qui façonne à son insu la condition du sujet parlant. Il y a en effet dans toute parole un oubli de la langue au sens où l’énonciation se déroule sur le mode des évidences non questionnées. Or l’appropriation d’une langue étrangère confronte le sujet à l’illusion référentielle qui préside au fait même de parler et l’oblige à rencontrer le « réel » de la langue, celui de la langue étrangère mais aussi celui de la langue maternelle. Cette confrontation représente une chance pour le sujet de s’ouvrir à une position dans le langage qui met en jeu sa créativité sous la forme d’une énonciation singulière. 

 Aborder l’enseignement/apprentissage des langues par la créativité est une réponse à la conception instrumentale des langues qui trouve en didactique des langues son origine dans les approches communicatives et sa forme exacerbée dans l’approche actionnelle prônée par le CECR (cadre européen commun de référence pour les langues). Cette conception instrumentale empêche de penser la diversité des langues dans ce qu’elle a d’irréductible en postulant une réalité accessible hors langage qui trouverait d’une langue à l’autre un encodage différent. Elle dessine l’idéal d’une communication transparente, maîtrisée, toute entière dévolue à l’accomplissement de l’action. Or ce que la diversité des langues révèle au contraire, c’est qu’il n’y a pas d’objet en dehors du point de vue que constitue la langue.  

                L’abord de l’enseignement/apprentissage des langues par la créativité est de surcroît une réponse à la définition de la créativité qu’imposent les discours publicitaires et plus généralement les logiques néolibérales. La créativité y est toujours de l’ordre de la transgression, de l’ordre des limites outrepassées. La liberté y est toujours celle « d’être soi » reléguant toute forme d’altérité à de l’altération voire de la tyrannie. La créativité telle que nous l’envisagerons ici suppose au contraire d’en passer par les lois du langage et par son altérité fondamentale.

                Nous voudrions ici prendre quelques repères dans les Sciences du langage pour penser la créativité dans les processus d’appropriation d’une langue comme la part d’inventivité qu’un sujet peut avoir quand il a à se forger une énonciation en langue étrangère. Il nous faudra pour ce faire envisager la langue dans sa double dimension de système symbolique et de mémoire discursive.